Il y a des personnes qui entrent dans une pièce sans jamais se demander si elles ont le droit d’être là. Elles expriment leur opinion, disent non lorsqu’elles en ont besoin, demandent de l’aide, prennent une décision sans passer des heures à se demander ce que les autres vont en penser.

Et puis il y a celles qui ont appris, parfois très tôt, à faire autrement.

À observer avant de parler. À sentir l’humeur des autres avant de s’écouter elles-mêmes. À ne pas déranger. À être gentilles, fortes, raisonnables. À prendre soin. À s’adapter. À faire passer les besoins des autres avant les leurs.

À l’âge adulte, cela peut se traduire par une difficulté à poser ses limites, à dire non, à exprimer ses besoins ou simplement à savoir ce que l’on veut vraiment. On peut avoir l’impression de devoir justifier ses choix, se sentir coupable dès que l’on pense à soi ou avoir constamment besoin de s’assurer que les autres vont bien.

Et souvent, on se dit : « Je manque de confiance en moi. »

Mais si la difficulté à prendre sa place racontait parfois une histoire beaucoup plus ancienne ?

Prendre sa place, qu’est-ce que cela signifie vraiment ?

Prendre sa place ne signifie pas parler plus fort que les autres, s’imposer ou devenir égoïste.

C’est pouvoir être pleinement soi sans avoir constamment besoin de vérifier que cela convient à tout le monde.

C’est pouvoir dire oui lorsque l’on pense oui, mais aussi non lorsque quelque chose ne nous convient pas. C’est reconnaître ses besoins sans les considérer comme moins importants que ceux des autres. C’est pouvoir recevoir sans toujours devoir donner en retour. C’est accepter d’être visible, d’avoir une opinion, de réussir, de déplaire parfois.

Cela paraît simple.

Et pourtant, pour certaines personnes, prendre leur juste place peut provoquer une véritable insécurité intérieure.

Parce qu’au fond, il ne s’agit pas toujours seulement d’affirmation de soi.

Il s’agit parfois d’appartenance.

La place que nous avons occupée dans notre famille

Nous apprenons très tôt comment trouver notre place dans notre famille.

Et nous ne l’apprenons pas uniquement à travers ce que nos parents nous disent. Nous observons. Nous ressentons. Nous nous adaptons.

Un enfant peut comprendre qu’il vaut mieux ne pas faire trop de bruit parce qu’un parent est fragile ou débordé. Un autre découvre qu’il reçoit beaucoup de reconnaissance lorsqu’il réussit. Un autre devient celui qui fait rire tout le monde lorsque l’atmosphère est tendue. Un autre encore apprend à être autonome très tôt parce qu’il sent que ses parents ont déjà beaucoup à gérer.

Aucun enfant ne se dit consciemment : « Pour conserver ma place dans cette famille, je vais devenir celui qui prend soin de tout le monde. »

Il le fait naturellement.

Parce que l’enfant possède une extraordinaire capacité d’adaptation.

Et ce qui a été une adaptation intelligente à cinq, huit ou douze ans peut devenir, des années plus tard, une façon automatique d’être au monde.

Ces rôles que nous continuons parfois à jouer adultes

Peut-être avez-vous été l’enfant sage, celui qui ne posait jamais de problème.

Aujourd’hui, vous avez du mal à exprimer votre colère et vous culpabilisez lorsque vous décevez quelqu’un.

Peut-être avez-vous été l’enfant fort, celui sur lequel on pouvait toujours compter.

Aujourd’hui, vous êtes capable de soutenir tout le monde, mais demander de l’aide vous semble presque impossible.

Peut-être avez-vous été le médiateur, celui qui cherchait à apaiser les tensions dans la famille.

Aujourd’hui encore, le moindre conflit vous met profondément mal à l’aise et vous vous sentez responsable de rétablir l’harmonie.

Peut-être avez-vous été l’enfant qui réussit, celui dont les résultats rendaient ses parents fiers.

Aujourd’hui, votre valeur semble encore dépendre de ce que vous accomplissez.

Ou peut-être avez-vous appris à devenir presque invisible. À ne pas demander. À ne pas déranger. À prendre le moins de place possible.

Et des années plus tard, quelque chose en vous continue à croire que prendre davantage de place pourrait avoir un prix.

Quand prendre sa place donne l’impression de risquer de perdre l’autre

C’est là que la difficulté devient particulièrement intéressante.

Car nous pouvons parfaitement savoir intellectuellement que nous avons le droit de dire non… et ressentir malgré tout une immense culpabilité lorsque nous le faisons.

Nous pouvons savoir que nous ne sommes pas responsables du bonheur de notre mère, de notre père, de notre conjoint ou de nos enfants… et continuer à ressentir leurs émotions comme si elles étaient les nôtres.

Nous pouvons savoir que nous avons le droit de choisir notre propre chemin… et avoir malgré tout l’impression de trahir quelqu’un lorsque nous le faisons.

Le mental dit : « J’ai le droit. »

Mais quelque chose à l’intérieur répond : « Attention. »

C’est pour cela que travailler uniquement sur l’affirmation de soi ou apprendre de nouvelles phrases pour poser ses limites ne suffit pas toujours.

Si, quelque part en nous, prendre notre place est associé au risque de perdre l’amour, l’approbation ou l’appartenance, dire non ne sera jamais simplement dire non.

Cela pourra être vécu intérieurement comme : « Si je fais ce que je veux, est-ce que tu m’aimeras encore ? »

Quand l’enfant devient celui qui prend soin du parent

Il existe une situation que je rencontre régulièrement dans mon travail : celle de l’enfant qui, d’une manière ou d’une autre, s’est mis à prendre soin de son parent.

Cela peut être très visible, mais aussi extrêmement subtil.

Un enfant peut devenir le confident d’une mère triste. Il peut essayer de protéger un père fragile. Il peut surveiller constamment l’état émotionnel de ses parents. Il peut devenir très raisonnable parce qu’il sent qu’il ne faut surtout pas ajouter de problème.

Parfois, il devient simplement celui qui va bien.

Celui dont on n’a pas besoin de s’occuper.

Et derrière cette apparente maturité se trouve parfois un enfant qui a quitté sa place d’enfant beaucoup trop tôt.

Ce mouvement peut ensuite continuer dans la vie adulte. Nous devenons ceux qui portent, organisent, anticipent, consolent, réparent.

Nous sommes très attentifs aux besoins des autres.

Mais lorsqu’on nous demande : « Et toi, de quoi as-tu besoin ? », la réponse est parfois beaucoup moins évidente.

Retrouver sa juste place dans le système familial

C’est ici que le regard des constellations familiales apporte une dimension que je trouve particulièrement intéressante.

Dans une constellation, nous pouvons notamment explorer les places que chacun semble avoir occupées dans le système familial.

Il arrive alors que certaines dynamiques deviennent beaucoup plus visibles.

Un enfant s’est peut-être retrouvé symboliquement trop proche d’un parent. Un autre a pris une responsabilité qui ne lui appartenait pas. Quelqu’un s’est effacé. Quelqu’un a cherché à remplacer une personne absente. Une personne porte peut-être encore un rôle qu’elle avait adopté pour maintenir un certain équilibre familial.

Il ne s’agit pas de considérer ces observations comme des vérités historiques absolues, mais de les utiliser comme une représentation permettant d’explorer autrement ce qui se joue aujourd’hui.

Et parfois, un mouvement très simple devient profondément symbolique :

rendre à l’autre ce qui lui appartient et reprendre ce qui est à soi.

Laisser symboliquement à nos parents leur histoire, leurs choix, leurs émotions et leur destin.

Et nous autoriser à reprendre notre place.

Non pas contre eux.

Mais devant notre propre vie.

Prendre sa place ne signifie pas abandonner les autres

C’est probablement l’une des peurs les plus profondes derrière cette difficulté.

Si je cesse de prendre soin de tout le monde, qui va le faire ?

Si je dis non, est-ce que je vais blesser l’autre ?

Si je choisis ma vie, suis-je égoïste ?

Si je ne porte plus cette personne, est-ce que je l’abandonne ?

Il existe pourtant une différence essentielle entre aimer quelqu’un et porter quelqu’un.

Nous pouvons aimer sans sauver.

Nous pouvons écouter sans devenir responsables.

Nous pouvons accompagner sans nous oublier.

Nous pouvons être présents sans prendre sur nous la souffrance de l’autre.

Et nous pouvons parfois découvrir qu’en cessant d’occuper une place qui n’est pas la nôtre, nous permettons aussi à l’autre de reprendre la sienne.

Le corps sait parfois avant nous

C’est une dimension que j’observe beaucoup en kinésiologie.

Nous pouvons affirmer : « Je sais que j’ai le droit de dire non », tout en sentant notre gorge se serrer au moment de le faire.

Nous pouvons penser : « Je ne suis pas responsable de cette personne », tout en ressentant immédiatement une boule dans le ventre lorsqu’elle va mal.

Nous pouvons décider : « Cette fois, je vais penser à moi », et sentir monter presque aussitôt une profonde culpabilité.

Notre compréhension intellectuelle et notre réponse intérieure ne vont pas toujours au même rythme.

C’est pourquoi j’aime travailler à plusieurs niveaux.

La kinésiologie permet d’écouter ce que le corps exprime autour d’une situation. L’hypnose permet d’explorer certaines représentations et certains fonctionnements plus inconscients. La maïeusthésie offre la possibilité d’aller rencontrer avec délicatesse celui ou celle que nous avons été au moment où une façon de fonctionner a pu se mettre en place.

Et les constellations familiales permettent d’élargir encore le regard lorsque la question de la place semble s’inscrire dans une dynamique familiale plus vaste.

Ces approches sont différentes, mais elles peuvent toutes nous ramener à une même question :

Qu’est-ce qui, en moi, croit encore qu’il est dangereux de prendre ma place ?

Prendre sa place commence parfois par de toutes petites choses

Nous imaginons souvent que changer signifie prendre une décision radicale.

Mais retrouver sa place peut commencer beaucoup plus doucement.

Dire « je vais réfléchir » au lieu de répondre immédiatement oui.

Ne pas se précipiter pour résoudre le problème de quelqu’un.

Exprimer une préférence sans ajouter immédiatement : « Mais ça m’est égal, comme tu veux. »

Accepter un compliment sans le minimiser.

Demander de l’aide.

Se reposer sans avoir auparavant terminé absolument tout ce qui devait l’être.

Observer l’émotion de quelqu’un sans chercher immédiatement à la faire disparaître.

Et parfois simplement se poser cette question :

« Si je n’avais pas à prendre soin de ce que les autres vont ressentir, qu’est-ce que je choisirais pour moi ? »

La réponse peut être très révélatrice.

De l’enfant qui s’adapte à l’adulte qui choisit

Il y a quelque chose que je trouve profondément touchant lorsque nous travaillons sur ces mécanismes.

Nous réalisons souvent que ce que nous considérions comme une faiblesse était autrefois une formidable capacité d’adaptation.

L’enfant qui surveillait constamment les autres était peut-être extrêmement sensible à son environnement.

Celui qui ne demandait rien avait compris qu’il fallait se débrouiller.

Celui qui prenait soin de tout le monde avait développé une immense capacité d’empathie.

Celui qui réussissait avait trouvé un moyen d’obtenir la reconnaissance dont il avait besoin.

Il ne s’agit donc pas de rejeter ces parts de nous.

Au contraire.

Nous pouvons les reconnaître. Comprendre pourquoi elles ont fait ce qu’elles ont fait. Peut-être même les remercier pour la façon dont elles nous ont protégés.

Puis leur montrer que quelque chose a changé.

Nous ne sommes plus cet enfant dépendant entièrement de son système familial.

Nous sommes devenus adultes.

Et l’adulte peut progressivement faire quelque chose que l’enfant ne pouvait pas toujours faire :

choisir sa place au lieu de devoir s’adapter pour la conserver.

Prendre sa place n’est alors plus prendre quelque chose aux autres.

C’est simplement cesser de s’abandonner soi-même pour continuer à appartenir.

Et peut-être découvrir que nous pouvons à la fois aimer ceux qui nous entourent, respecter notre histoire, honorer ceux qui nous ont précédés…

et vivre pleinement notre propre vie.

Pour aller plus loin

Si vous avez du mal à prendre votre place, à poser vos limites, à dire non sans culpabiliser ou si vous vous sentez souvent responsable du bien-être des autres, il peut être précieux d’explorer ce qui se cache derrière ces fonctionnements.

Je vous accueille au cabinet Blossom Therapies à Lausanne (Pully) pour travailler sur ces difficultés à travers les différentes approches que j’utilise : kinésiologie, hypnose, maïeusthésie et, lorsque la problématique semble liée aux places, aux rôles ou à certaines dynamiques familiales, les constellations familiales.

L’objectif n’est pas de devenir plus dur ou plus égoïste, mais de retrouver progressivement une sécurité intérieure qui permette d’être en relation avec les autres sans avoir constamment besoin de s’oublier soi-même.

Blossom Therapies
Avenue de Lavaux 35, 1009 Pully
Prendre rendez-vous : blossomtherapies.ch/prendre-rv