Pourquoi nous passons notre vie à chercher la validation des autres
On croit souvent que l’on cherche l’approbation des autres par manque de confiance en soi. Comme s’il s’agissait d’un défaut à corriger, d’un trait de personnalité à dépasser. En réalité, ce besoin est beaucoup plus ancien, beaucoup plus profond, et surtout profondément humain.
Dès les premières années de vie, l’enfant comprend que le lien dépend de sa capacité à s’adapter. Il observe, il ajuste, il apprend très vite ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Non pas pour manipuler, mais pour préserver une chose essentielle : la relation. Comme l’a montré John Bowlby dans ses travaux sur l’attachement, le lien à l’adulte est une condition de sécurité. Sans ce lien, l’enfant est en insécurité.
Alors il fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a. Il s’adapte, anticipe, devient celui qui permet au lien de tenir. Et peu à peu, cette capacité d’adaptation se transforme en manière d’être au monde.
À l’âge adulte, cela donne quelque chose de très familier : on doute de ses choix, on demande l’avis, on observe les réactions, on ajuste son discours, on se compare. On cherche à être validé, souvent sans même s’en rendre compte. Et malgré tous ces efforts, une forme d’insatisfaction persiste. Comme si rien n’était jamais tout à fait suffisant.
Quand l’adaptation devient épuisante
À un moment donné, ce fonctionnement commence à fatiguer. Non pas parce qu’il est “mauvais”, mais parce qu’il demande une vigilance constante. Se calibrer en permanence, se corriger, anticiper, ajuster… tout cela consomme une énergie considérable.
Une fatigue intérieure apparaît. Moins visible que la fatigue physique, mais souvent plus profonde. Celle de ne jamais pouvoir se reposer complètement dans ce que l’on est.
C’est souvent à cet endroit qu’émerge une question essentielle, parfois encore fragile : qu’est-ce que je veux, moi ?
Cette question marque un tournant. Elle ne cherche plus à répondre à l’extérieur. Elle ouvre un mouvement vers l’intérieur.
Apprendre à être avec soi-même
Mais ce mouvement n’est pas évident. Être avec soi-même, sans distraction, sans interaction, sans validation extérieure, peut être profondément inconfortable.
Beaucoup de personnes découvrent alors à quel point le silence peut être chargé. À quel point le vide peut être difficile à traverser. Et ce que l’on appelle souvent “manque de confiance” apparaît sous un autre angle : une difficulté à rester en présence de soi sans se fuir.
Le besoin de validation prend alors tout son sens. Il devient une stratégie de régulation. On va chercher à l’extérieur ce que l’on n’a pas appris à construire à l’intérieur : du réconfort, une confirmation, un sentiment d’exister.
Dans les recherches en psychologie de l’attachement, on retrouve cette idée sous une autre forme : lorsque la sécurité interne n’est pas suffisamment stable, l’individu développe des stratégies pour maintenir un sentiment de sécurité à travers le regard de l’autre. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une adaptation.
Mais toute adaptation, aussi intelligente soit-elle, finit par atteindre ses limites.
Ce que j’observe en cabinet
En cabinet, cette dynamique est particulièrement visible chez les jeunes adultes. Beaucoup arrivent avec une grande lucidité, une sensibilité fine, une vraie capacité à analyser ce qu’ils vivent. Mais ils ont souvent du mal à être seuls avec eux-mêmes.
Le silence les confronte. L’absence de validation les déstabilise. Alors ils remplissent : les écrans, les relations, les sollicitations. Il y a comme un besoin de rester constamment relié à quelque chose d’extérieur pour ne pas ressentir un vide intérieur.
Je pense à ce jeune homme de 22 ans qui me disait : “Dès que je suis seul, je me sens vide.” Ce vide n’était pas un manque réel. C’était un espace qui n’avait jamais été habité.
Le travail n’a pas consisté à le combler, mais à apprendre à rester avec. À traverser l’inconfort sans le fuir. À découvrir progressivement qu’il y avait autre chose derrière.
Et un jour, il a dit : “Je crois que je commence à aimer être avec moi.”
Ce type de basculement est discret. Mais il transforme profondément la manière d’être au monde.
Quand la validation ne vient plus de l’extérieur
À partir du moment où la relation à soi se transforme, le besoin de validation extérieure change de nature. Il ne disparaît pas complètement, mais il cesse d’être central.
On commence à se référer davantage à ce que l’on ressent, à ce qui semble juste intérieurement. Les décisions deviennent plus stables, plus ancrées. Il y a moins de dispersion, moins d’hésitation.
Et surtout, il y a moins de lutte intérieure.
Ce processus ne repose pas sur des prises de conscience spectaculaires, mais sur des ajustements simples et réguliers : apprendre à se poser, à ressentir, à reconnaître ce qui est là, à ajuster la manière dont on se parle.
La validation émotionnelle joue ici un rôle essentiel. Être capable de reconnaître ce que l’on ressent, de lui donner une place, permet au système nerveux de s’apaiser. Et lorsque cette validation ne vient pas de l’extérieur, elle peut progressivement être construite de l’intérieur.
Un déplacement intérieur profond
Je pense à cette jeune femme de 25 ans qui me disait : “J’ai toujours besoin qu’on me dise que c’est bien.” Ce besoin orientait ses choix, ses relations, sa manière de se positionner.
Le travail n’a pas été de supprimer ce besoin, mais de créer un autre point d’appui. Apprendre à se poser la question à elle-même. Ressentir avant de demander. Se valider progressivement.
Et un jour, elle a dit : “Je me rends compte que je n’ai même plus envie de demander.”
Ce n’était pas un retrait. C’était un déplacement.
Arrêter de chercher la validation à l’extérieur ne signifie pas se couper des autres. Cela signifie changer de source. Passer d’une dépendance à une relation. Ne plus exister à travers le regard de l’autre, mais entrer en relation à partir de ce que l’on est.
C’est un mouvement subtil, mais profondément transformateur.
Et si tout commençait là
Construire une relation avec soi-même suffisamment solide pour ne plus dépendre en permanence du regard extérieur est sans doute l’un des fondements les plus puissants d’un équilibre intérieur durable.
Cela permet de faire des choix plus justes, de se positionner avec plus de clarté, et d’exister sans avoir à se justifier.
Et paradoxalement, c’est souvent à partir de là que les relations deviennent plus simples, plus authentiques, plus fluides.
Parce que lorsque vous êtes en lien avec vous-même, vous n’avez plus besoin de courir après ce que vous portez déjà en vous.
Pour aller plus loin
Si vous sentez que ce besoin de validation influence encore vos choix, vos relations ou votre manière de vous positionner, il peut être précieux d’être accompagné(e) dans ce cheminement.
Je vous accueille en séance de kinésiologie à Lausanne (Pully), dans un espace qui permet de renforcer cette sécurité intérieure et de transformer ces dynamiques en profondeur.
Blossom Therapies
Avenue de Lavaux 35, 1009 Pully
Prendre rendez-vous : https://blossomtherapies.ch/prendre-rv