Il y a quelque chose que j’ai compris au fil des années, à la fois comme maman et comme thérapeute : nos enfants ont cette incroyable capacité à aller toucher en nous des endroits dont nous ignorions parfois même l’existence. Le lien entre parentalité et blessures familiales est souvent bien plus profond que nous ne l’imaginons. Certaines réactions face à nos enfants semblent appartenir au présent, alors qu’elles viennent parfois réveiller notre propre histoire.

Avant d’avoir des enfants, nous pouvons avoir beaucoup travaillé sur nous-mêmes. Nous pouvons avoir compris notre histoire, identifié certaines blessures, appris à mieux gérer nos émotions. Nous pouvons même avoir une idée assez précise du parent que nous aimerions être : patient, disponible, à l’écoute, capable d’accueillir les émotions de notre enfant avec calme et bienveillance.

Et puis un enfant entre dans notre vie.

Et soudain, toute la théorie est mise à l’épreuve.

Il suffit parfois d’une colère qui n’en finit pas, d’un enfant qui refuse obstinément de nous écouter, d’une porte qui claque, d’un « non » répété pour la dixième fois, d’une crise au mauvais moment… et quelque chose s’allume en nous. Nous réagissons beaucoup plus fortement que nous ne l’aurions voulu. Nous crions alors que nous nous étions juré de ne pas crier. Nous nous sentons rejetés, impuissants, envahis, coupables ou profondément blessés.

Et après coup, nous nous demandons : « Mais pourquoi ai-je réagi comme ça ? »

Cette question me passionne, parce que bien souvent, la réponse ne se trouve pas uniquement dans ce qui vient de se passer avec notre enfant.

Nos réactions racontent parfois une histoire plus ancienne

C’est une réalité que j’ai rencontrée dans ma propre expérience de mère, mais aussi très souvent dans mon cabinet : ce qui se joue entre un parent et son enfant appartient au présent, bien sûr, mais peut aussi venir toucher quelque chose de beaucoup plus ancien.

Lorsque le comportement de notre enfant déclenche en nous une réaction particulièrement intense, il peut être intéressant de nous demander : « Qu’est-ce que cela vient toucher en moi ? »

Un enfant qui nous ignore peut réveiller le sentiment de ne pas avoir été entendu.

Un enfant qui nous rejette peut réveiller une ancienne blessure d’abandon.

Un enfant qui exprime librement sa colère peut nous confronter à toute la colère que nous n’avons jamais eu le droit d’exprimer.

Un enfant très sensible peut nous rappeler l’enfant sensible que nous avons nous-mêmes été et que personne n’a véritablement compris.

À l’inverse, un enfant qui ose dire non, prendre sa place, contester ou affirmer ses besoins peut parfois venir bousculer profondément un parent qui a appris très tôt à être sage, à s’adapter, à ne pas déranger ou à prendre soin des autres.

C’est alors que la parentalité devient, à mes yeux, bien plus qu’une relation éducative. Elle peut devenir un formidable chemin de connaissance de soi.

L’enfant que nous avons été est toujours quelque part en nous

Dans mon travail thérapeutique, je rencontre souvent cette réalité : derrière l’adulte qui réagit se trouve parfois un enfant qui, autrefois, n’a pas pu être entendu, rassuré, protégé ou reconnu dans ce qu’il vivait.

C’est une des raisons pour lesquelles j’aime travailler avec différentes approches.

La kinésiologie permet notamment d’écouter ce que le corps exprime et de mettre en lumière certaines associations, certains stress ou certaines mémoires qui restent chargés émotionnellement.

L’hypnose permet d’aller à la rencontre de notre monde intérieur autrement que par le mental, en laissant émerger des images, des ressentis, des ressources ou de nouvelles façons de vivre intérieurement une situation.

La maïeusthésie nous invite, quant à elle, à rencontrer avec beaucoup de délicatesse les parts de nous qui ont vécu quelque chose de difficile, non pas pour les faire disparaître, mais pour enfin les reconnaître et leur donner la place qu’elles n’ont peut-être jamais eue.

Et depuis que j’ai intégré les constellations familiales à ma pratique, une autre dimension est venue enrichir encore ce regard : parfois, ce qui se réveille dans la relation avec notre enfant semble prendre sens lorsqu’on élargit le regard au système familial auquel nous appartenons.

Parentalité et histoire familiale : nous ne devenons pas parents seuls

Lorsque nous devenons parents, nous n’arrivons pas dans cette relation comme une page blanche.

Nous arrivons avec notre enfance, nos expériences, nos blessures, nos ressources, mais aussi avec tout ce que notre famille nous a transmis consciemment ou inconsciemment : des valeurs, des croyances, des façons d’aimer, de protéger, de communiquer, de gérer les conflits, d’exprimer ou de retenir les émotions.

Dans certaines familles, on ne montre pas sa tristesse. Dans d’autres, on ne se met pas en colère. Ailleurs, il faut être fort. Réussir. Ne dépendre de personne. Faire passer les autres avant soi. Ne pas parler de certaines choses.

Ces règles ne sont pas toujours formulées. Pourtant, elles peuvent traverser les générations et influencer profondément notre manière d’être en relation.

Les constellations familiales proposent précisément de regarder l’individu non pas de façon isolée, mais comme faisant partie d’un système. Elles peuvent permettre de représenter et d’explorer certaines dynamiques relationnelles ou familiales qui ne sont pas toujours accessibles par la réflexion seule.

Je trouve ce regard particulièrement précieux dans le domaine de la parentalité.

Car parfois, derrière un conflit apparemment banal avec notre enfant, plusieurs histoires semblent se rencontrer : celle de l’enfant qui est devant nous, celle du parent que nous sommes aujourd’hui, celle de l’enfant que nous avons été… et parfois celle de la famille dans laquelle nous avons grandi.

Quand notre enfant fait différemment de nous

Il y a aussi quelque chose de très bouleversant dans le fait de voir son enfant vivre ce que l’on ne s’est peut-être jamais autorisé à vivre soi-même.

Un enfant peut être libre là où nous avons appris à nous conformer. Il peut exprimer ses émotions là où nous avons appris à les retenir. Il peut demander de l’attention là où nous avons appris à ne rien demander. Il peut poser des limites là où nous avons toujours eu peur de déplaire.

Et cela peut être magnifique… tout en étant profondément confrontant.

Car une partie de nous peut vouloir offrir cette liberté à notre enfant tandis qu’une autre, beaucoup plus ancienne, se sent menacée par elle.

C’est là que j’aime rappeler aux parents que notre réaction n’est pas toujours un indicateur de ce que fait notre enfant. Elle peut aussi être un indicateur de ce qui se passe à l’intérieur de nous.

La question devient alors moins : « Comment faire pour que mon enfant arrête ? » et davantage : « Pourquoi cela me touche-t-il autant ? »

Et cette simple question peut parfois ouvrir une porte immense.

Nos enfants ne sont pas là pour nous guérir

Il y a néanmoins une distinction qui me paraît essentielle.

Dire que nos enfants réveillent notre histoire ne signifie pas qu’ils sont responsables de notre guérison.

Ce n’est pas à eux de réparer notre enfance. Ce n’est pas à eux de nous rassurer, de combler nos manques ou de porter nos blessures.

Au contraire.

Plus nous pouvons reconnaître ce qui nous appartient, plus nous pouvons éviter de demander inconsciemment à notre enfant de s’en charger.

C’est aussi quelque chose que le travail systémique m’a permis d’approfondir : chacun à sa place.

L’enfant peut alors redevenir l’enfant.

Et le parent, l’adulte.

Nous pouvons regarder notre propre histoire avec tendresse, reconnaître ce qui a été difficile, accueillir les parts de nous qui ont encore besoin de l’être et, parfois, regarder également avec davantage de recul l’histoire de ceux qui nous ont précédés.

Non pas pour chercher des coupables.

Mais pour comprendre.

Et surtout pour retrouver davantage de liberté dans notre façon d’être en relation aujourd’hui.

Être parent, c’est aussi avoir l’occasion de choisir autrement

Je crois profondément que l’une des choses les plus difficiles dans la parentalité est aussi l’une des plus belles : nos enfants nous donnent sans cesse l’occasion de devenir plus conscients.

Pas parfaits.

Conscients.

Conscients du moment où notre passé s’invite dans le présent. Conscients du moment où notre peur parle plus fort que notre confiance. Conscients du moment où nous répétons automatiquement quelque chose que nous avions pourtant juré de ne jamais reproduire.

Et à partir du moment où nous pouvons voir ce qui se joue, quelque chose devient possible : nous pouvons commencer à choisir.

Choisir de respirer avant de répondre.

Choisir d’écouter plutôt que de contrôler.

Choisir de poser une limite sans humilier.

Choisir de reconnaître l’émotion de notre enfant sans avoir besoin de la faire disparaître.

Choisir aussi de prendre soin de ce qui s’est réveillé en nous.

C’est cette vision qui relie aujourd’hui les différentes approches que j’utilise dans mon travail. Qu’il s’agisse de kinésiologie, d’hypnose, de maïeusthésie ou de constellations familiales, je ne cherche pas simplement à faire disparaître un comportement ou une émotion. Je cherche à comprendre ce que cette réaction vient raconter et ce qui, derrière elle, a besoin d’être entendu, reconnu ou remis à sa juste place.

Et si nos plus grandes réactivités étaient aussi des portes ?

Avec le temps, j’ai appris à regarder différemment ces moments où nos enfants appuient exactement là où cela fait mal.

Bien sûr, ils restent inconfortables. Et lorsque nous sommes fatigués, pressés ou dépassés, il est beaucoup plus facile d’en parler que de rester parfaitement calme au milieu d’une tempête émotionnelle.

Mais peut-être n’avons-nous justement pas besoin d’être des parents parfaits.

Peut-être pouvons-nous simplement devenir un peu plus curieux de ce qui se passe en nous.

La prochaine fois qu’un comportement de votre enfant déclenche une émotion particulièrement forte, vous pourriez essayer, une fois le calme revenu, de vous poser quelques questions :

« Qu’est-ce que j’ai ressenti exactement ? »

« Qu’est-ce qui m’a fait si mal ou si peur dans cette situation ? »

« Est-ce que je connais déjà ce sentiment ? »

« Quand ai-je ressenti quelque chose de semblable dans mon histoire ? »

« Est-ce que cette façon de réagir, cette peur ou cette croyance existe également dans ma famille ? »

Il ne s’agit pas de tout expliquer par notre enfance ou par les générations précédentes. Nos enfants ont leur tempérament, leurs besoins, leurs émotions et leur propre histoire. Et les difficultés familiales ont rarement une seule origine.

Mais parfois, élargir le regard change profondément ce que nous voyons.

Notre enfant cesse alors d’être uniquement « celui qui provoque le problème ».

Il devient celui devant qui quelque chose en nous s’est révélé.

Et lorsque nous prenons la responsabilité d’aller rencontrer cette partie de notre histoire, nous pouvons progressivement revenir vers notre enfant avec un regard différent : moins chargé par le passé, plus disponible à ce qui se passe réellement ici et maintenant.

C’est peut-être cela, finalement, que la parentalité m’a appris de plus précieux : nos enfants ne nous demandent pas d’avoir tout guéri avant de devenir parents. Ils nous invitent, jour après jour, à regarder avec davantage de conscience ce que la relation vient réveiller en nous.

Et parfois, en prenant soin de notre propre histoire, nous changeons doucement la manière dont l’histoire familiale continuera de s’écrire après nous.

Pour aller plus loin

Si vous sentez que certaines réactions face à votre enfant viennent toucher quelque chose de plus profond dans votre propre histoire, ou que certains schémas semblent se répéter malgré votre désir de faire autrement, il peut être précieux d’aller explorer ce qui se joue derrière ces réactions.

Je vous accueille au cabinet Blossom Therapies à Lausanne (Pully) pour vous accompagner dans ce cheminement. Selon ce qui émerge, nous pouvons travailler avec la kinésiologie, l’hypnose ou la maïeusthésie afin d’aller à la rencontre de ce qui demande à être entendu, apaisé ou transformé.

Je propose également des séances de constellations familiales en individuel, particulièrement intéressantes lorsque ce que vous vivez semble faire écho à votre histoire familiale, à des schémas qui se répètent ou à des dynamiques relationnelles plus anciennes. Elles permettent de poser un autre regard sur ce qui se joue aujourd’hui et d’explorer ce qui peut se transformer lorsque chacun retrouve symboliquement sa juste place.

Blossom Therapies
Avenue de Lavaux 35, 1009 Pully
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